« Arrestations en direct | Page d'accueil | « Amitié d’abord, compétition ensuite » »

17.08.2008

Jeux Potemkine

08fcf4bba764d4e4e0473d6948dac9a0.jpgL'élan patriotique ne pouvant pas tout, n'est-ce pas, l'envergure de la cérémonie d'ouverture des JO était telle qu'il a bien fallu s'arranger un peu avec la réalité.

Le faux direct de la télévision publique chinoise, les pas de géants pyrotechniques composés par ordinateur, la jolie petite fille chantant "L'Ode à la patrie" sur le play-back d'une moins jolie petite fille en coulisses, la danseuse paralysée après une chute de trois mètres lors d'une répétition et cachée par les autorités... Chacun de ces petits subterfuges pour en mettre plein la vue aux invités avait son propre petit refrain, révélait sa propre petite misère et son propre symbole. Le dernier petit arrangement, s'il n'est pas exceptionnel pour les grandes performances publiques, a une portée symbolique que l'on appréciera. Les 56 enfants figurants représentant les 56 ethnies composant la Chine étaient tous des Hans, l'ethnie majoritaire, déguisés l'un en Ouïghour, l'autre en Tibétain, un autre en Mongol, etc.

Cette nouvelle révélation a été relevée lors du point de presse par la journaliste britannique Jane Macartney du quotidien britannique The Times. Elle n'a appelé d'autre réaction de la part de Wang Wei, le vice-président du comité organisateur chinois (l'homme qui n'avait pas "vu" le blindé garé devant le centre de presse au début de la semaine), qu'un coup de sang envers la presse, trop "méticuleuse" à son goût.

Mais cet épisode peut aussi rappeler qu'en 1787, le ministre de la Guerre, Grigori Potemkine, fit visiter les nouvelles provinces conquises par son armée à la tsarine Catherine II, faisant construire le long du parcours des villages de carton pour, précisément, que la réalité arrange ses intérêts et apaise le coeur tourmenté de la suzeraine.

Depuis le début des Jeux, les "gêneurs" sont soigneusement tenus à l'écart. Le patineur de vitesse Joey Cheek, médaillé d'or à Turin en 2006, a ainsi vu son visa "annulé" par l'ambassade de Chine la semaine dernière, la veille de son départ pour Pékin. Aucune explication ne lui a été fournie, mais il est le fondateur du "Team Darfur", un groupe de 72 athlètes qui ont publiquement exprimé leur inquiétude pour la province soudanaise martyrisée.

Entre-temps, tant que les apparences sont sauves, tout va très bien, monsieur Potemkine.

Les commentaires sont fermés.