11.08.2008
Question d'image
Les JO, ce sont d’abord des images, chacun en conviendra, et le gouvernement chinois en est conscient.
Ainsi la télévision publique CCTV a-t-elle pris la précaution de diffuser la cérémonie d’ouverture en différé, faisant une fois de plus mentir le CIO dans l’impunité la plus totale, nous apprend le site « Aujourd’hui la Chine », photos à l’appui. Interrogé sur le sujet par un journaliste étranger, l’inflexible Comité international olympique, passé maître dans le dégagement en touche, a renvoyé la presse vers la grande chaîne de télévision. Des Chinois résidants aux Etats-Unis n’en ont pas moins vivement protesté contre la diffusion de la même cérémonie, avec douze heures de décalage, par le réseau américain NBC, soucieux, décalage horaire oblige, d’attirer un maximum de spectateurs. Peu de bruit, en revanche, s’agissant du décalage de trente secondes entre le match de football Brésil-Belgique, le 7 août, et sa diffusion. Les autorités chinoises ont expliqué qu’il s’agissait d’un dispositif de lutte contre les hooligans.
Aucune image ne doit être négligée. Surtout pendant la célébration du génie national. Le quotidien britannique Telegraph explique aujourd’hui que les images des empreintes de pas gigantesques dans le ciel de Pékin, qui ont stupéfié le monde entier pendant la cérémonie d’ouverture, avaient été préparées par ordinateur à l’avance et diffusées dans le « Nid d’oiseau » et sur les chaînes du monde entier comme s’il s’agissait d’un événement en direct. Les maîtres de l’illusion sont décidemment très forts.
D’autres images sont plus modestes, moins globales, mais méritent tout de même d’être regardées. Les portraits de trois cents ouvriers migrants, employés sur les chantiers olympiques, puis priés de ne pas polluer l’atmosphère euphorique des JO en retournant dare-dare dans leurs campagnes, ont été imprimés sur des briques de terre cuite par la jeune photographe Wen Fang. Ils sont exposés à la galerie Paris-Beijing, à Pékin, évoquant les statues de l’armée anonyme de l’empereur Qin Shi Huang.
Plus violentes — et plus intolérables pour des autorités chinoises qui ne supportent pas même la vue d’un drapeau tibétain —, les images du film « Leaving Fear Behind », tournées par des Tibétains depuis leur « toit du monde », témoignent de l’abîme d’isolation et de désarroi dans lequel se trouve la province.
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09.08.2008
Lendemain de gigantisme
Le gigantisme de la cérémonie d’ouverture a, nous disent les observateurs, offert la première médaille d’or à la Chine. Même les esprits ordinairement critiques, comme la journaliste hong-kongaise Joyce Hor-Chung Lau, sont restés bouche bée devant les exploits du cinéaste Zhang Yimou et son millier de figurants. L’atmosphère était tellement onirique dans le « Nid d’oiseau », raconte James Reynolds, le correspondant de la BBC à Pékin, que les rumeurs les plus folles ont couru durant la cérémonie, y compris celle évoquant un panda surentraîné qui serait chargé d’allumer la flamme olympique.
Le comité organisateur a toutefois frôlé l’incident, la veille, lorsque plusieurs dizaines de journalistes ont été empêchés d’accéder au stade, sous prétexte qu’ils avaient bien l’accréditation, mais pas de billets d’entrée, a raconté un témoin à ce blog. Incident vite résolu, mais tout de même au prix d’un petit mensonge du China Daily, qui a inventé de toutes pièces une conférence de presse d’excuses qui n’a jamais eu lieu.
Et puis, comme toujours lorsque des milliers de personnes sont rassemblées sous les yeux de milliards d’autres, le « glamour global » a un prix, payé par quelques uns. Le blog « All roads lead to China » nous apprend notamment que les Jeux aspirent une telle demande énergétique que certaines provinces chinoises sont soumises à des restrictions, voire à des pénuries.
Et puis le cauchemar continue pour ceux qui ont le malheur de ne pas vivre dans le monde merveilleux du Parti. Ainsi apprend-on la disparition inquiétante de l'épouse du dissident Hu Jia, placée en résidence surveillée dans son petit appartement de banlieue depuis l'incarcération de son mari.
Entre-temps, les Jeux continuent, sans incident ou presque : la jeune militante sino-canadienne Christina Chan s’est faite expulser manu militari du site olympique d’équitation de Hong-Kong après avoir sorti un drapeau canadien et… un drapeau tibétain à l’arrivée des concurrents.
Il est vrai que les autorités chinoises, malgré la bouche bée mondiale, sont toujours sur les dents. Le journaliste Josh Gerstein raconte même que des agents en civil de la police chinoise circulent dans le centre de presse olympique avec d’étranges machines à la main, à la recherche des émetteurs fantômes de la radio pirate de Reporters sans frontières.
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08.08.2008
Reporters sans frontières diffuse clandestinement un programme en FM à Pékin, le 8 août 2008
Des membres de Reporters sans frontières ont diffusé à Pékin les programmes de "Radio sans frontières", la seule station FM libre de Chine. Dans un programme d'une durée totale de vingt minutes, le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, et des défenseurs chinois des droits de l'homme ont lancé un appel au respect de la liberté d'expression, le jour même de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin.
"Les autorités chinoises ont refusé des visas à une dizaine de membres de l'organisation. Cela ne nous a pas empêchés d'être entendus à Pékin en diffusant clandestinement un programme radio grâce à des émetteurs FM miniaturisés et des antennes mobiles. C'est dans un esprit de résistance au contrôle des médias que Reporters sans frontières a conçu et organisé cette action", a déclaré Robert Ménard.
"Il s'agit bien de la première station non étatique diffusée en Chine depuis l'arrivée du Parti communiste chinois au pouvoir en 1949. Seules les radios internationales en chinois qui émettent en ondes courtes pourraient briser ce monopole de l'information, mais elles sont brouillées par les autorités", a ajouté l'organisation.
Le 8 août 2008 à 8 heures 08 du matin heure locale, douze heures exactement avant le début de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin, "Radio sans frontières" a émis sur Pékin à partir de plusieurs émetteurs, sur la fréquence 104.4 de la bande FM.
En anglais :
En français :
En chinois :
En introduction du programme de 20 minutes, en anglais, mandarin et français, Robert Ménard, a expliqué que cette radio est "le plus beau pied de nez aux autorités chinoises qui détiennent encore des dizaines et des dizaines de journalistes et d'internautes en prison. (..) Malgré tout, il y a des gens qui vont pouvoir faire entendre ce que vous ne voulez pas que l'on entende, en plein c¦ur de Pékin. (...) Quelles que soient les mesures que vous prenez, vous n'arriverez pas à bout de la libre parole." Le secrétaire général de Reporters sans frontières a ensuite lancé un appel aux autorités chinoises à libérer les prisonniers d'opinion et à cesser de brouiller les fréquences des radios internationales qui émettent en chinois. "Vous nous avez interdit d'aller à Pékin, vous nous avez mis dehors de la Chine. Malgré tout, on est là et on se fait entendre, pacifiquement, de manière totalement non violente. C'est une façon de dire, la censure, cela ne marche pas."
Le programme contient également des interviews de plusieurs défenseurs chinois des droits de l'homme réfugiés à l'étranger. Une ancienne journaliste, He Qinglian, y explique la censure et l'autocensure imposées à ses confrères restés en Chine. Une militante d'une organisation de défense des droits de l'homme témoigne de la répression dont ont été victimes des activistes chinois à la veille des Jeux olympiques. Tandis que Yang Jianli, ancien prisonnier politique, raconte ses conditions de détention déplorables. "Les pressions de l'extérieur sont essentielles pour améliorer la situation des prisonniers politiques", a affirmé Yang Jianli. Enfin, le directeur du site Internet Boxun.com, basé aux Etats-Unis et toujours bloqué en Chine, décrit les motivations des contributeurs bénévoles du site, qui, malgré les risques, postent des informations sur la situation sociale et politique.
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